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mardi 16 octobre 2007

Philippe Presti, Julien Faxal, Erwan Israel et Gilles André vainqueurs à Genève


Opposant deux grands spécialistes de la discipline, la finale du Geneva international Match Race a finalement vu la victoire 3-1 du français Philippe Presti devant son compatriote Michel Cohen, devenu un habitué du rendez-vous genevois. Lors de la petite finale, le néo-zélandais Simon Minoprio s’est brillamment imposé 2-0 devant le tenant du titre, le français PierreAntoine Morvan, 9ème au classement ISAF des skippers internationaux.
Pour sa cinquième édition, la compétition organisée par la section du Cercle de la Voile de la Société Nautique de Genève regroupe dans la rade l'élite des barreurs internationaux selon le classement de l’ISAF (International Sailing Federation). Durant trois journées, huit skippers offrent aux spectateurs des joutes nautiques de très haut niveau. Les « matchs » se jouent sur la performance des équipages invités à naviguer sur des bateaux de série (Surprise), préparés pour être strictement identiques. Lecture du plan d'eau, marquage de son adversaire et connaissance des règles de course sont autant de paramètres que les navigateurs doivent maîtriser à la perfection pour s'imposer à ce niveau. Après deux jours de régates éliminatoires et deux « Round Robin » complets, les quatre meilleurs équipages menés par Philippe Presti (FRA), Michel Cohen (FRA), Simon Minoprio (NZ) et Pierre-Antoine Morvan (FRA) se qualifient pour les demi-finales. A ce stade, deux manches gagnantes suffisent pour être qualifié pour la finale. Philippe Presti et Michel Cohen restent en lice.
La tension est palpable sur le plan d’eau en ce dimanche après-midi pour la finale du Geneva Internationnal Match Race (GIMR). Dans des conditions de vent très légères (Séchard de force 1-2), la moindre erreur peut coûter cher. Chaque équipage redouble de vigilance et s’applique à la manœuvre. Bien qu’habitué au plan d’eau et au bateau, Michel Cohen ne réitère pas son exploit d’il y a deux ans. En finale, il s’incline 3-1 au terme de quatre régates très disputées.
Impériaux, Philippe Presti et son équipage ont progressé tout au long de ces trois jours de compétition. Ils ont fait preuve d’une grande adaptabilité pour régater avec virtuosité sur un bateau qu’ils ne connaissent pas bien. Très fluide dans les manœuvres, Philippe tient à rappeler que « la voile c’est avant tout une affaire d’équipe ». Il commente la performance de son équipage en des termes plutôt élogieux : « Notre tacticien, Erwan, a toujours su me mettre dans la bonne position et sur la bonne moitié du plan d’eau. Gilou notre n°1 a fait des prouesses notament en grimpant en haut du mât pour récupérer une drisse de spi sauvant le match en 1/2 finale et Julien à l'embraque nous a permis d'aller vite dans des conditions difficiles. Les qualités d’un match racer font souvent la différence dans la brise. Dans les airs un peu mous d’aujourd’hui, nous n’étions pas avantagés car trop lourds au niveau du poids total de l’équipage. Nous avons néanmoins pu démontrer notre savoir faire. J’ai éprouvé un immense plaisir à venir naviguer à Genève et serais ravi de revenir si une nouvelle invitation se présentait. » Dans la petite finale opposant Pierre-Antoine Morvan à Simon Minoprio, c’est ce dernier qui empoche la troisième place au classement général. À l’issue de trois matchs bien disputés, il totalise deux victoires sur son adversaire.

En soutenant cette compétition enregistrée à ce jour au niveau de « grade 2 », la Société Nautique de Genève est bien décidée à promouvoir le « Match Racing » en Suisse. Le club détenteur de l’Aiguière d’argent entend réunir chaque année des stars internationales et nationales dans la rade, et cela pour le plaisir des spectateurs et des juniors venus assister aux performances de leurs aînés dans ces véritables joutes nautiques.

Classement final du Geneva international Match Race :
1. Philippe Presti France
2. Michel Cohen France
3. Simon Minoprio Nouvelle Zélande
4. Pierre-Antoine Morvan France
5. Marek Stanczyk Pologne
6. Manuel Weiller Espagne
7. Alexis Littoz France
8. Nicolas Denervaud Suisse

lundi 15 octobre 2007

Résultats intermédiaires du Geneva International Match Race


Il y avait du beau monde pour participer au Geneva International Match Race (GIMR) en rade de Genève ce samedi. Des polonais, des espagnols, des français, un habitué de l’America’s Cup et bien sûr quelques marins locaux se sont livrés des duels à couteaux tirés dans une légère bise (5-12 noeuds).
Les conditions étaient donc idéales pour organiser deux « round robins » complets qui ont finalement vu Philippe Presti, Michel Cohen, Simon Minoprio et Pierre-Antoine Morvan se détacher de leurs concurrents. Ces quatre équipages accèdent ainsi aux demi-finales qui se dérouleront dimanche sur le plan d’eau genevois.

Dès 9 heures 30 du matin, les huit skippers invités par le Cercle de la Voile de la Société Nautique de Genève étaient présents sur l’eau pour en découdre à bord de leurs voiliers monotypes, des Surprise. La bise étant bien établie et régulière, le premier Round Robin (série de régates lors desquelles tous les skippers se rencontrent tour à tour), a pu se dérouler suffisamment rapidement pour que les organisateurs décident de lancer une seconde série de régates dès le début de l’après-midi.

Parmi les favoris de l’épreuve, le français Philippe Presti, premier à l’issue des Round Robins, a démontré sa grande maîtrise des règles du Match Race en remportant de superbes duels face à ses adversaires. Ancien champion du monde en Finn, il a également brillé sur de nombreux types de bateau allant du Soling au Star et plus récemment en Classe America. Barreur pour le défi français Areva en 2002 et 2004, il oeuvra sur Luna Rossa à Valence en 2007. Il commente sa journée : « c’est vraiment très intéressant de venir régater sur un plan d’eau aussi complexe. Ici, avec la proximité de la ville et des collines avoisinantes, le vent tourne sans cesse. Vraiment pas le temps de s’endormir à la barre ! Il faut faire attention à beaucoup de paramètres simultanément. Les bateaux sont très bien préparés et idéal pour le Match Race. J’ai beaucoup de plaisir à retrouver cette épreuve où j’étais déjà venu régater il y a plusieurs années ».

Classement à l’issue des deux Round Robins :
1. Philippe Presti – France
2. Michel Cohen – France
3. Simon Minoprio – Nouvelle Zelande
4. Pierre-Antoine Morvan – France

Ces quatre skippers disputeront les demi-finales dimanche matin.

jeudi 31 mai 2007

«La régate, c’est comme les échecs, il faut avancer ses pions avec clairvoyance»


Le second barreur de «Luna Rossa» revient sur son parcours dans la Coupe de l'America. Le team italien entame la finale des challengers (coupe Louis Vuitton) vendredi contre les Néo-Zélandais.
Par Benoît BAUME
LIBERATION.FR : jeudi 31 mai 2007

Philippe Presti, deuxième barreur du syndicat italien Luna Rossa, a largement contribué au succès de son équipe qui disputera à partir de vendredi la finale de la Louis Vuitton Cup face à Emirates Team New Zealand. Son histoire est celle d’un marin qui a découvert la voile dans les colonies de vacances de la Poste et qui se retrouve aujourd’hui au pinacle de la quête vélique. Malgré sa gueule d’ange et ses airs de Tintin, il n’a rien d’un fils à papa. Double champion du monde de Finn (1993 et 1996), un des dériveurs olympiques où la concurrence est la plus rude, le Français a participé deux fois aux Jeux Olympiques, à l’America’s Cup 2003 avec le Défi Areva et est devenu un des meilleurs spécialistes de match-racing. Il livre ses sentiments après deux ans et demi de travail au sein d’un équipage qui a les moyens de remporter l’America’s Cup.

Comment a commencé votre aventure au sein de Luna Rossa ?
Mon entretien d’embauche avait été pour le moins inattendu. Francesco de Angelis (le skipper de Luna Rossa) m’avait appelé pour venir les voir à l’entraînement. Je suis sorti sur le deuxième bateau, comme observateur. Au bout de quelques minutes, on m’a demandé de prendre la barre pour réaliser des régates face à James Spithill (le barreur numéro 1 de Luna Rossa). Je les ai remportées et, à partir de là, j’ai été accepté dans l’équipe. Ensuite, il a fallu se mettre À 100% dans un contexte anglo-saxon. Je parlais anglais, mais entre tenir une conversation et diriger un bateau de 17 bonhommes, il y a une marge. J’ai mis une énergie considérable à pouvoir réaliser tous les débriefings dans une langue qui est celle d’une équipe internationale comme la nôtre. En deux ans et demi, j’ai appris énormément de chose. Je sortais d’une campagne avec le Défi Areva où il fallait constamment s’adapter à la machine qui n’était pas développée dans la totalité de ses possibilités et dont la question de la fiabilité se posait. Quand tu barres un bateau et tu n’as pas une confiance totale, c’est compliqué. Chez Luna Rossa, les Class America sont optimums. Et tu peux réellement te concentrer sur ton travail de barreur. Vu que tout le reste est bon, si ça ne marche pas, cela signifie que tu n’as pas trouvé les bons réglages.»

Quelle a été votre relation avec James Spithill et Francesco de Angelis ?
La situation a toujours été claire. Je suis rentré pour barrer le deuxième bateau et intégrer la cellule arrière si besoin. On m’a proposé au bout d’un moment de devenir le coach de la cellule arrière, et de James en particulier car nous avons une relation extrêmement complice et productive. Je n’étais pas en concurrence avec lui, car il ne faisait aucun doute qu’il barrerait le bateau, même si rien n’était défini dans nos contrats. La concurrence, nous l’avons eu sur l’eau car tu te tires la bourre. Je n’allais pas non plus me mettre en opposition à Francesco qui est le skipper naturel de Luna Rossa. Si tu veux le poste d’un mec, tu ne peux pas travailler intelligemment avec lui, car tu es toujours sur la réserve. Ce n’était pas le cas. Le départ en Class America, c’est comme un sport de combat. J’ai poussé James pour qu’il puisse progresser et cela a payé.

Luna Rossa semble être une équipe particulièrement soudée...
Déjà, ils ont su accueillir les nouveaux entrants comme moi, et cela est fondamental. De plus, la culture mixte entre le côté latin et anglo-saxon est très saine. Ce qui est important vient de ce que tu produits pour l’équipe. Si les gens ont le sentiment que tu fais progresser le groupe, la confiance s’installe et le cercle vertueux est en marche. Mais clairement, il faut faire ses preuves.

Quel est votre quotidien, en dehors des périodes de régates ?
Depuis deux ans et demi, nous sommes sur l’eau six jours par semaine, avec huit heures de navigation et six de travail effectif. Il faut savoir être performant car derrière, tout est enregistré et les datas sont analysées. Les confrontations internes sont souvent acharnées. Personnellement, je suis entré dans la peau d’un coach pour modéliser les régates et aider à la prise de décision : j’ai référencé toutes les situations que nous avons connues, je l’ai répertoriées et je partage mon analyse avec la cellule arrière pour progresser. J’ai toujours été intéressé par le jeu plus que par la compétition pure. Ma femme, Cécile (ndlr : ancienne joueuse de haut niveau de volley et beach volley) est une vraie compétitrice qui a cela dans le sang, pas moi. J’ai essayé de développer d’autres qualités liées au jeu. J’ai compris que l’analyse pourrait m’emmener à la performance car je ne suis pas un killer et je ne le serai jamais. La régate, c’est comme les échecs, il faut avancer ses pions avec clairvoyance. Intellectualiser, ça permet d’expliquer aux autres.

Avez-vous été surpris par votre victoire relativement facile en demi-finale contre BMW Oracle Racing ?
Nous n’avons jamais pensé que cela allait basculer fort d’un côté ou d’un autre. Nous nous étions préparés à des régates serrées que nous allions disputées en cinq manches. Nous savions que nous avions une chance, mais BMW Oracle avait des ressources que nous n’étions pas capable de débloquer. Même le dernier jour, on ne s’est jamais dit que ça allait le faire. Nous sommes restés méthodique jusqu’à la fin.

Quelle est la plus grosse différence entre la Coupe vue de la France et de l’Italie ?
Le drapeau est presque pareil, mais sinon j’ai du mal à le dire car nous n’avons jamais trop été en Italie. L’engouement est tout de même incroyablement plus fort. A Valence, le nombre de touristes transalpins est considérable, on entend parler italiens à tous les coins de rue. Sur l’eau, la moitié des bateaux spectateurs nous soutient.

Quel rôle joue Patrizio Bertelli, le patron de l’équipe ?
C’est un passionné. Après la victoire en demi-finale, il a organisé un barbecue et c’est lui qui cuisinait la viande à l’équipe. Ce n’est pas que le mec qui fait le chèque, cela va bien au-delà. Tous les jours, il passe une heure avec les designers pour comprendre et donner ses idées. Pour lui, il y a la performance, mais surtout le fonctionnement humain.

Quel est votre avenir aujourd’hui ?
J’espère qu’il y aura d’autres coupes, mais j’ai du mal à me projeter au-delà de Luna Rossa car aujourd’hui, nous avons encore d’énormes enjeux et je veux en profiter pleinement. L’équipe est forcément un équilibre instable qui demande une attention de tous les instants.

Areva Challenge a fait part d’une volonté oecuménique de regrouper les meilleurs Français et votre nom a été cité. Avez-vous été contacté ?
Non, je ne l’ai pas été, cela pourrait m’intéresser. Mais franchement aujourd’hui, je n’en suis pas là car il existe encore beaucoup d’inconnues.

La France peut-elle gagner un jour la Coupe de l’America ?
Je ne vois pas pourquoi nous n’y arriverions pas. Mais il faut s’y prendre correctement. La différence vient des bonshommes. On peut le tourner comme on veut, à la fin, ce sont des hommes qui se regroupent pour réaliser une performance. Le jour où l’on aura compris cela, on aura bien progressé.

mercredi 16 mai 2007

Valencia - Les français en coulisses.



Rencontre avec Philippe Presti
Le Français qui, en coulisses, pousse dans ses retranchements l’un des meilleurs « match raceurs » au monde : James Spithill

A 27 ans, Spithill dispute sa 3e Louis Vuitton Cup. A la conférence de presse d’ouverture des demi-finales, le barreur de Luna Rossa Challenge a déclaré au sujet des départs à venir face à Chris Dickson : « En entraînement, Philippe Presti me pousse vraiment loin, je me sens prêt. » Depuis, l’Australien a dominé les trois premiers départs et ITA 94 a passé toutes les marques en tête.

Qui est James Spithill ?
« C’est un très bon qui a la tête sur les épaules et l’ego suffisant pour aller là où il veut. Dans le travail, c’est une locomotive, rien ne l’arrête. Il reconnaît par contre le travail effectué, ce qui donne envie de se défoncer pour lui. Il ne s’affiche pas, ne recherche pas les médias et reste discret en public. Mais James sait parfaitement ce dont il a besoin pour progresser. Son objectif est de devenir le meilleur et il y arrivera. »

Comme avez-vous préparé ces confrontations avec BMW Oracle Racing ?
« Lorsque je suis arrivé dans l’équipe, nous faisions des régates à deux bateaux et j’ai insisté pour que nous nous entraînions sur les moments clefs des matches et répétions des situations typiques de match race, comme le « slam dunk » dans la seconde manche par exemple. Ça c’est mon bébé, j’adore ça ! Ce travail nous a aidé à établir une stratégie précise pour battre Oracle. Il y a des secteurs du jeu où nous souhaitons les amener, mais je ne vous dirai évidemment pas lesquels ! »

Spithill barre mais Francesco de Angelis est skipper, comme cela fonctionne-t-il ?
« James a rejoint l’équipe lorsque Francesco a décidé de quitter la barre pour se concentrer sur son rôle de skipper et de leader de l’équipage. Barrer demande une concentration énorme et il est difficile de donner en même temps toutes les directives aux équipiers. Il y a aussi différents types de leaders. Certains sont charismatiques par leurs actes, comme James, et d’autres, comme Francesco, imposent le respect avec leur expérience et leur vision globale du jeu. Leur complémentarité est efficace.»

Le barreur a pourtant le dernier mot, notamment pendant les phases de contacts ?
« Il y a trois phases dans un match pour le barreur. Le départ où il se doit d’être directif, pour que les mouvements du bateau traduisent sa créativité. Les régleurs, les wincheurs et les équipiers d’avant doivent avoir comme lui, un coup d’avance, sinon ça ne marche pas. Ensuite, la mission du barreur est d’amener le bateau le plus vite possible à la bouée au vent, c’est un pur job de pilote et de concentration, jusqu’au moment où on se retrouve de nouveau au contact de l’adversaire. Le tacticien dit : « je veux que nous sortions comme ceci pour aller là-bas et à toi de jouer.» Là, on repasse dans la peau du boxeur. »

En ce moment, quel est l’emploi du temps de Philippe Presti ?
« Avant les matches, nous nous entraînons à deux bateaux et je barre ITA 86 afin d’échauffer l’équipage et d’avoir une bonne lecture du vent sur la zone de course. Avec d’autres, nous débarquons ensuite sur le tender (bateau suiveur) pour observer les régates et préparer une analyse que nous livrons le soir à l’équipage. Je coordonne aussi la cellule arrière pour la gestion des meetings et contribue à établir notre stratégie. »

Qu’est ce qui est italien chez Luna Rossa Challenge ?
« Le drapeau sur la base et la cuisine ! Plus sérieusement, on y retrouve le côté excessif des latins, à la fois cette chaleur humaine vraiment très agréable et aussi cette spontanéité et cette franchise des méditerranéens. On se dit les choses sans tabou, en positif comme en négatif. « Presti » c’est italien. Ma famille a des origines étrusques, je me retrouve donc bien dans ces caractères. »

Qu’est ce qui est anglo-saxon chez Luna Rossa Challenge ?
« C’est une grosse machine. Au début, je me disais « cela semble facile, les deux bateaux sont toujours prêts à sortir, on m’envoie des textos pour les heures de meetings, chacun sait ce qu’il à faire » mais en passant dans les coulisses, j’ai vu une mécanique bien huilée. C’est grâce au petit groupe qui est avec Luna Rossa depuis 2000. Steve Erickson (Américain, médaillé d’Or en Star en 84) coordonne la cellule sportive afin de bien canaliser les énergies. Je pense surtout que les deux cultures se respectent et c’est ce mélange qui est enrichissant. »

Patrizio Bertelli a confié au quotidien Libération : « nous avons gardé un mauvais souvenir de notre deuxième défi, car il y avait des gens dans l’équipe qui ont tout fait pour qu'on ne gagne pas. » L’avez-vous ressenti en rejoignant Luna Rossa ?
« La dernière édition était pléthorique. Vous imaginez, comment coordonner le travail de 300 personnes et notamment en design, cela partait dans tous les sens. Patrizio Bertelli a « dégraissé le mammouth » comme on dit vulgairement, pour garder le corps initial de l’équipe, avant de recruter des personnes capables de relancer la machine sur des bases saines, comme James Spithill. Nous partions ensuite de ITA 74, un bateau déjà en retrait par rapport aux meilleurs bateaux de sa génération. La rumeur a dit que notre nouveau bateau était raté. Nous avons travaillé. Nous avons avancé dans le bon sens je pense, en tout cas pour le moment, c’est satisfaisant. »

Vous vous sentez bien chez Luna Rossa alors ?
« Oui. J’ai vraiment franchi un palier en intégrant cette équipe (au printemps 2005, le double champion du monde de Finn et vice-champion du monde de Soling était avec le Défi français depuis 2002), notamment dans la qualité des confrontations sur l’eau et dans le nombre d’heures passées en navigation à deux bateaux. Bertrand (Pacé, barreur du bateau B) vit aussi cela chez BMW Oracle. C’est aussi un milieu idéal pour un sportif, c’est de l’olympisme puissance 100. On est pas seul mais une centaine tournée vers le même objectif.

Propos recueillis par Julia Huvé

dimanche 4 septembre 2005

Philippe Presti, Luna Rossa Challenge


Malmö - 04.09.2005
Philippe Presti, Luna Rossa Challenge
Au printemps dernier, Philippe Presti est entré dans l’équipe italienne de Luna Rossa Challenge. Barreur à l’entraînement, il a embarqué à Malmö le temps de quelques régates en tant que stratégiste. Ce brillant régatier (double champion du monde de Finn, vice champion du monde de Soling) qui n’a pas encore dit adieu à l’olympisme a su attendre son heure. Après une première expérience avec le Défi lors de la dernière campagne à Auckland, le voilà épanoui au sein d’un groupe qui, en l’espace de quelques mois, l’a parfaitement intégré.

Pourquoi et comment es-tu passé de ton engagement avec le Défi à l’équipe de Luna Rossa ?
« Francesco (De Angelis) m’a contacté au mois de mai et m’a demandé si j’étais pris. Ils cherchaient quelqu’un pour barrer le deuxième bateau. De mon côté, j’avais deux ou trois équipes sur le feu et principalement deux pistes possibles. Celle du Défi français (devenu China Team), une équipe avec une ambition moindre dans laquelle j’aurais pu avoir un rôle de leader. Ca me plaisait mais il fallait qu’un certain nombre de conditions soient remplies parce que j’avais arrêté mon travail de prof de sport pour faire la Coupe. Il fallait qu’il y ait une visibilité sur le projet. Depuis 2004, on a avait fait du bon boulot, mais pour moi certaines conditions n’y étaient pas. L’autre piste était de m’intégrer dans une équipe forte ayant des objectifs sportifs, dans le but d’apprendre, sans être forcément sur le devant de la scène. C’est ce que j’ai choisi. »

Francesco de Angelis…première rencontre
« Jusque là, je n’avais jamais parlé à Francesco. Au printemps, il m’a envoyé un message en me disant : « tu fais quoi ? Si tu veux, tu viens à Valence et on discute un peu ». Je suis arrivé un jour au mois de mai à 10h00 du matin. A 11 heures, j’étais déjà sur le Class America pour faire des speed tests. Il m’a dit : « bon maintenant, si tu veux, tu vas sur l’autre bateau. Je ne veux pas te forcer mais si ça te dit, on fait une paire de régates. J’ai fais les 2 régates à la barre… et je les ai gagnées ! Ensuite, on a essayé de voir ce qu’ils voulaient de moi. Ils cherchaient quelqu’un pour barrer le deuxième bateau et capable éventuellement de remplacer James Spithill. J’allais avoir un enfant pendant les Actes de Valencia et ils m’ont tout de suite mis à l’aise en me disant de prendre mon temps. Avec eux, j’ai passé 10 jours en mai, 10 jours en juin et 15 en juillet. »

James Spithill… une vieille connaissance
« James Spithill, par contre, je le connais depuis les Jeux Olympiques de Sydney. A l’époque, il faisait du Soling comme moi. On s’entraînait ensemble sur l’eau de 6h00 à 8h00 du matin avant qu’il ne parte à l’école ! Ensuite, on s’est retrouvé sur le circuit de match race puis à Auckland. »

Tu n’es pas censé barrer en compétition, n’est-ce pas frustrant ?
« Je sais pourquoi je suis là. Déjà, je barre beaucoup lors des entraînements à deux bateaux – on s’est fait une semaine de régate très intense avant de venir ici à Malmö - et je fais vraiment partie de la cellule de décision. En attendant, j’apprends beaucoup de choses, je développe un savoir-faire en dehors de la navigation. On a de la chance d’avoir recruté Tom Schnackenberg. Je suis souvent avec lui sur le chase boat et tout ce que je peux dire, c’est que je ne perds pas mon temps ! C’est quelqu’un qui a des idées, qui est ouvert et qui a une vision globale de tout. Car ce qui est important dans la Coupe, c’est de comprendre les systèmes : il faut être capable de faire le va et vient permanent entre une vision globale de la marche du bateau et des postes très précis, très spécifiques. »

Pendant les Actes, quel est ton rôle et comment se déroule ta journée quand tu ne navigues pas ?
« On commence par une séance de sport de 7h15 à 8h15, puis petit dej’. Ensuite, nous avons une réunion avec l’équipage pour fixer les objectifs de la journée. Après, c’est le briefing météo : nous analysons les conditions de navigation et nous faisons des prospectives sur la stratégie du jour. De mon côté, je suis davantage en charge de la partie tactique, avec James et Charlie McKee. Je présente les adversaires en fonction des observations et des conclusions que je réalise la veille au soir, avec le virtuel. On part sur l’eau à 10h00. Entre les manches, je monte à bord du bateau et on rafraîchit nos analyses quant à la stratégie. Charlie McKee a besoin de beaucoup parler de ce qu’il a fait. Après le retour au port, il y a un débriefing cellule arrière avec l’aide des images virtuelles. On refait le déroulement de la régate et on revient sur les deux à trois décisions clés qui ont fait le match. On revoit comment ces décisions ont été prises, par qui et pourquoi. Le but n’est pas de critiquer mais de sortir des règles d’après certaines situations. Je suis un peu le reporter de tout ça, j’essaie de mettre de l’ordre. »

A Malmö, tu as également participé à quelques régates – un match race et plusieurs courses en flotte …
« Là, je suis sur le même poste que Francesco de Angelis : bastaque et stratégie. J’interviens surtout sur la conduite du Class America. J’alimente le barreur en infos sur la vitesse, les performances du bateau. Bref, je suis dans la cellule de décision. »

Tu es un nouveau venu dans cette équipe, est-ce que tu te sens écouté à bord ?
« Oui. Il y a vraiment une complicité forte dans cette cellule arrière. Avec Francesco Bruni, on navigue l’un contre l’autre en Star, donc on a les mêmes images, le même feeling. Quant à Charlie McKee, il n’arrête pas de demander des infos, il ne prend jamais de décision sans consulter l’avis des autres, c’est étonnant le dialogue qu’il peut y avoir à bord. »

Donc, l’ambiance est plutôt bonne …
« L’atmosphère est super. Il y a de la confiance. C’est une équipe internationale avec une connotation latine. Ça tombe bien, je suis d’origine italienne par mon père. Je comprends la langue mais je ne la parle pas encore, je vais prendre des cours. Je me suis tout de suite senti intégré en tant que navigant, même si je suis le seul français du groupe avec Antoine Bonnaveau. »

Comment vous situez-vous en vitesse et comment vois-tu la concurrence ?
« On manque encore un peu de « carbu » au près, c’est pourquoi j’ai essayé de faire en sorte qu’on développe des stratégies agressives : partir devant et s’ouvrir des portes. Par contre, nous n’avons pas de problème au portant. Alinghi est plus haut et plus vite que tout le monde. C’est une machine bien rodée et en plus, ils sont les plus rapides de la flotte. Nous, nous avons une vitesse standard qui nous permet de jouer entre autres avec les Néo-zélandais. Mais K-Challenge, les Suédois ou +39 ne sont pas très loin derrière. Quant à Oracle, je ne sais pas comment le qualifier. Ils ont un potentiel énorme mais une gestion humaine périlleuse. »

Quels sont vos points forts ?
« Le travail de l’équipage est excellent. Cet équipage est soudé, réactif et c’est parfois grâce à eux qu’on rattrape des situations délicates. La cohésion est réelle dans l’équipe. Il y a un noyau très uni autour de James Spithill constitué par les anciens de l’équipe australienne en 2000 puis de OneWorld. Il y a aussi le noyau italien autour de Francesco de Angelis, Francesco Bruni et les autres. »

Où en es-tu dans tes projets personnels ?
« L’organisation de l’équipe me permet de faire un peu de Star. Cet hiver, on part en famille à Miami pour un mois et demi de compétition. Je vais essayer de mener de front les Jeux et la Coupe. Car je ne suis pas encore guéri des J.O ! On vient de faire 5e au mondial en ne navigant que 15 jours… c’est plutôt rassurant. On a un bon potentiel et un bon feeling avec le bateau. En attendant, je pars la semaine prochaine à Calpe pour faire les Championnats du Monde de match-racing avec mon équipage français. »

Propos recueillis par Camille El Beze


Extrait du palmarès de Philippe Presti :
America's Cup : barreur LE DEFI 2003
Match racing : plusieurs victoires en grade 1 et 2
Olympisme/Star
3ème championnat d'Europe de Printemps 2003
4ème championnat du Monde 2003
3ème classement ISAF 2003
Soling
Vice champion du monde Soling match Racing 2000
10e J.O de Sydney
Médaille de bronze championnat d'Europe de Soling match racing 1999
Finn
Double champion du Monde de Finn 1993 et 1996
15e J.O d'Atlanta